Interview Kim Ki-duk

interview kim ki-duk

 

Hello tout le monde !

Nous avons récemment eu l’honneur de rencontrer M. KIM Ki-duk, réalisateur coréen, pour la sortie de son nouveau film  » Entre deux rives ».

C’est un film qui met en lumière la partition de la Corée, un sujet très sensible qui est bien raconté dans ce film.
Nous lui avons donc posé quelques questions pour avoir son avis sur le sujet, pour en apprendre plus sur son film et ses futurs projets.

1) Le sujet de votre film est délicat car il s’agit de la partition de la Corée, pourquoi avez-vous mis en avant ce sujet ?

En effet, c’est un sujet sensible mais c’est aussi un sujet important. La Corée du Nord et la Corée du Sud sont deux pays qui se méfient et qui doutent l’un de l’autre. De plus, il y a beaucoup de pays qui interfèrent dans les relations de ces deux pays tels que : les Etats-Unis, la Russie, la Chine et le Japon. Selon moi pour améliorer les relations entre les deux Corées, il faut dialoguer pour se comprendre. Il faut que les deux pays reconnaissent leurs torts pour avancer et reprennent de bonnes relations. Aussi, à travers ce film, je souhaitais montrer le vrai visage de ces deux pays.

2) Votre film est sorti en Corée du Sud le 6 octobre 2016. Que pensez-vous de l’accueil reçu là-bas ?

Les coréens savent bien qu’il existe des problèmes de ce genre avec la Corée du Nord et en voyant le film ils se sont dit « Ah ! Il y a vraiment un problème de fond chez nous », mais il y a aussi des personnes qui refusent de voir cette vérité, il s’agit du gouvernement sud-coréen et notamment du NIS (National Intelligence Service) qui nient l’histoire passée.
Aussi, la seule solution possible est le dialogue entre les deux Corées. Enfin mon film n’est pas un film à gros budget (blockbuster) mais les spectateurs continuent de venir voir mes films et partagent mon point de vue.
Je pense que c’est une bénédiction si les spectateurs se disent « Ah ! Décidément, Kim Ki-duk a bien compris les problèmes que l’on a ici ».

3) J’ai lu ce commentaire sur la page naver de votre film : « Au-delà de la réflexion idéologique ou du film politique vous souhaitiez mettre en avant l’homme au premier plan ? », Êtes-vous d’accord avec ce commentaire ?

Oui d’après moi, la politique montre le vrai visage des personnes. C’est normal de se battre ou de ne pas être d’accord, cela prouve que l’on est humain et que l’on revendique ses droits.
En Corée du Nord comme en Corée du Sud, les droits de l’Homme est un sujet grave qui fait souvent polémique.
Le gouvernement crée de faux espions pour piéger les Hommes.
Pour moi, les gouvernements Nord-Coréen et aussi Sud-coréen fabriquent des espions pour mettre la faute sur l’un ou l’autre. Ce sont les gouvernements dans les deux pays qui bafouent les droits des Hommes et les empêchent de vivre en tant qu’être humain.
Le gouvernement porte un masque pour cacher sa vraie nature au monde. C’est normal de revendiquer des droits lorsque l’on est une personne, ce qui n’est pas normal c’est que le gouvernement utilise ce droit en le retirant aux Hommes.
C’est pour cela que le côté humain est important dans mon film.

4) Votre film est sorti en France le 5 juillet dernier. Pensez-vous qu’a travers votre film les français verront une autre facette de cette partition ?

J’ai l’impression que les spectateurs regardent ce film avec une attention particulière, un certain sérieux et se disent « ah ! c’est quand même un sujet grave ».
De plus en plus de pays dans le monde s’intéressent aux relations entre la Corée du Nord et la Corée du Sud parce que la Corée du nord représente un enfant qui tient un couteau et qui menace les autres. De ce fait, tous ces pays doivent lui retirer ce couteau.
La France aussi peut apporter une solution à ce problème, en arrêtant de croire que la Corée du Nord n’est qu’un petit problème passager qui va passer avec le temps. Au contraire, si l’on agit pas maintenant il risque d’être trop tard. J’espère que les français en regardant ce film, se rendront compte de l’importance du rôle qu’ils peuvent jouer dans ce conflit.

INTERVIEW KIM Ki-duk

5) Le jeu d’acteur de Ryoo Seung-bum (acteur principal) est très convaincant dans le film. En règle générale, comment choisissiez-vous vos acteurs et comment travaillez-vous avec eux ?

De manière générale, on réalise le film quand le scénario est écrit, mais comme les acteurs et actrices en Corée sont occupés, il faut prendre rendez-vous dans leur agenda bien avant la rédaction du scénario pour être sûr de les avoir dans son film.
Pour ma part, je ne travaille pas comme ça, je préfère écrire mon scénario et ensuite faire le casting des acteurs. Mais il arrive parfois que des acteurs souhaitent faire partie de mes films mais faute de temps ils doivent refuser. Ryoo Seung Bum (ndlr : acteur principal du film) vit en Europe et choisit lui-même les films qui l’intéresse. Il m’a donc contacté pour que l’on travaille ensemble sur ce film.

INTERVIEW KIM Ki-duk
Ryoo Seung-bum

6) C’est un film qui ne porte pas sur le fait de prendre parti (Corée du Sud/Corée du Nord). Comment avez-vous réussi cet équilibre ?

Les coréens ont beaucoup de « jeong » (ndlr : avoir de l’empathie, être chaleureux). Même si la péninsule coréenne a été divisée en deux pays bien différents, les Sud-Coréens comme les Nord-Coréens n’oublient pas le passé.
Pour ma part, je ne me considère pas comme un Sud-Coréen ou comme un Nord-Coréen, je me considère plus comme un citoyen de la péninsule coréenne. Si on divise d’un côté les Nord-Coréens et de l’autre les Sud-Coréens, je trouve cela assez inutile et déplacé. Parce que même si on divise ces deux peuples cela ne divise pas les problèmes.
Je trouve que la péninsule coréenne est vraiment une terre de tristesse parce que ce sont d’autres pays tels que : les Etats-Unis, le Japon, la Chine ou la Russie qui ont défini la ligne de démarcation de cette péninsule.
C’est aussi pour cela que dans mon film, il y a une référence sur le fait de transgresser cette ligne de démarcation lorsque le pêcheur sort des eaux Nord-Coréenne pour se rendre dans les eaux Sud-Coréenne. C’est une sorte d’image faisant référence à la ligne de démarcation décrétée par ces états puissants.

Dans vos précédents films

7) Quelle est la chose la plus importante pour vous lorsque vous réalisez un film ?

L’histoire est le plus important.
Par exemple, « Entre deux rives » parle des relations entre la Corée du Nord et la Corée du Sud mais derrière il y a un sujet de fond sur la question de méfiance et de doute. Je veux faire des films avec un certain pouvoir de persuasion, un film que les téléspectateurs peuvent comprendre.

8) Les scènes de vos films sont assez « osées » pour la société Coréenne, pourquoi faites-vous ces choix de scènes ?

Je choisis ces scènes car ont s’en souvient.
En se demandant pourquoi je choisis une telle scène, le spectateur se pose des questions qui l’amène à réfléchir.
J’aime faire des films chocs qui amènent à la réflexion.

9) Est-ce qu’il y a de la place à l’improvisation lors des tournages ?

Je suis à la fois scénariste et réalisateur, du coup, j’ai une grande liberté dans le choix de la direction de mes films. Je peux donner de nouvelles instructions à mes comédiens et dessiner le portrait du film que je m’étais fait en écrivant le scénario. Donc nous faisons pas mal d’improvisation en tournage.

10) Quels sont vos futurs projets ?

J’ai tourné mon prochain film «Time of Human», qui parlera de l’homme et du temps, comment l’homme a vécu jusqu’à maintenant. C’est un film coup de poing. En présence de grands acteurs et actrices coréens et japonais : Jang Geun-suk, Ahn Sung-ki, Lee Sung-jae, Ryoo Seung-bum, Fujii Mina et Joe Odagiri.

Gros remerciement à ASC DISTRIBUTION pour cette opportunité d’interview.
Si vous souhaitez voir ce film rdv ici pour voir où il passe : CLIQUEZ ICI

Ecrit par

Marion, passionnée par la Corée depuis de nombreuses années. C'est avec une envie de partage et de nouvelles aventures qu'elle a rejoint notre équipe. Elle écrira sur le webzine des articles sur l'actualité en Corée et sur l'aspect culturel (musique, cinéma, lecture).

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