Portraits de Femmes : Etre réalisatrice de film en Corée du Sud

Interview de la réalisatrice, Lee Kyung Mi

 

« Portraits de femmes «  est une toute nouvelle rubrique sur K-phenomen dans laquelle on souhaite vous faire découvrir des portraits de femmes en Corée à travers : leurs métiers, leurs passions, leurs projets…etc.
Et vous montrer également les difficultés qu’elles rencontrent dans la société sud-coréenne.

Notre premier portrait concerne  une réalisatrice de film en Corée du Sud.

Invitée au Festival du Film Coréen à Paris en 2016, la réalisatrice Lee Kyoung-mi reçoit le prix du public pour son thriller The Truth Beneath (un film avec un personnage principal féminin dans un rôle très fort). Elle fait ses débuts comme assistante de Park Chan Wook sur Lady Vengeance, et réalise son premier long métrage Crush and Blush en 2008, co-écrit et produit par son mentor, Park Chan Wook. Elle revient sur son parcours et sur son film dans l’interview qui suit.

Lee Kyoung-mi : réalisatrice sud-coréenne

Pourriez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours en tant que réalisatrice ?

Bonjour, je m’appelle Lee Kyoung-mi et je suis réalisatrice. En 2008, j’ai réalisé mon premier film, une comédie qui s’intitule Crush and Brush (미쓰 홍당무) avec l’actrice Kong Hyo-jin. Mon second long métrage, s’intitule The Truth Beneath (비밀은 없다), il s’agit cette fois-ci d’un thriller.

Avant d’être réalisatrice vous avez été actrice. Avez-vous été actrice pour avoir plus de poids en tant que réalisatrice ou la réalisation était-elle une vocation pour vous ?

Quand j’étais lycéenne je voulais être comédienne de théâtre mais je n’ai pas eu l’occasion d’apprendre le théâtre. Alors j’ai commencé un peu par hasard à prendre des cours de cinéma à l’université et je me suis dit pourquoi pas devenir réalisatrice après tout, cela peut être cool. C’est une fois que je suis devenue réalisatrice que j’ai décidé de faire de brèves apparitions en tant qu’actrice dans les films du réalisateur Ryu Seung Hwan comme Timeless (타임리스), The Unjust (부당거래) et The Agent (베를린). Et c’est en jouant dans ces films que je me suis rendue compte que j’avais bien fait de ne pas devenir actrice (rires).

être réalisatrice de film en corée du sud

Est-il difficile de réaliser un film lorsque l’on est une femme réalisatrice en Corée ?

Je pense que si je n’avais pas eu le soutien de Park Chan Wook au début de ma carrière, j’aurais eu du mal à réaliser des films.

Qu’est-ce que cela vous a apporté de travailler avec le réalisateur Park Chan Wook ?

Quand j’ai commencé à travailler avec Park Chan Wook, il venait de triompher avec son film Old Boy, alors quand je lui ai dit que je voulais mettre en scène une actrice avec le visage rougie dans une comédie (ndlr : Crush and Brush), à une époque où il y avait peu de films avec des actrices dans le rôle principal, il m’a tout simplement répondu : « ça peut être amusant. Allons-y ! ». Cela m’a donné beaucoup de courage pour la suite. Il m’a assisté sur la réalisation et m’a aidé à trouver des investisseurs, ce qui n’a pas été facile car les investisseurs n’étaient pas très favorable à mon projet avec une tête d’affiche féminine. Sans lui, je n’aurais peut-être pas réalisé mon premier long métrage. A titre d’exemple, quand je propose des scénarios de films ayant pour rôle principal une femme, mon entourage me dit que ça ne va pas marcher. Mais Park Chan Wook me dit que cela pourrait être intéressant de traiter ce genre de sujet. Il m’a vraiment encouragé !

The Truth Beneath : son dernier film sorti en 2016

Synopsis : « Jong-chan est en pleine campagne pour sa candidature à l’Assemblée Nationale, avec le soutien enthousiaste de sa femme, Yeon-hong. Mais leur fille, Min-jin, disparaît soudainement. Alors que le couple se fracture peu à peu, Jong-Chan se préoccupant plus de son élection que de sa fille, Yeon-Hong se lance à la recherche de la vérité, diamant noir aux multiples facettes.. »

Avez-vous eu du mal à trouver une actrice prête à se glisser dans un rôle féminin aussi fort ?

Quand j’ai eu fini de rédiger mon scénario, j’ai directement pensé à Son Hyejin (손예진) pour le rôle principal féminin parce que c’est l’une des meilleures actrices sud-coréennes. Mais aussi parce qu’avant de faire ce film, elle n’avait jusqu’alors interprétée que des rôles très féminins, de femmes fragiles, que l’on a envie de protéger. Dans The Truth Beneath, c’est vraiment tout le contraire, je souhaitais aller à l’encontre de cette image et la diriger dans un personnage de femme forte psychologiquement, et prête à tout pour protéger son enfant. Je trouvais ce rôle très intéressant pour elle et c’est aussi ce qui a motivé mon choix.

Son Hyejin également a dû être très enthousiasmée pour jouer ce rôle ?

En réalité en Corée du Sud, il n’y a pas beaucoup de scénario dont les rôles principaux sont tenus par des femmes, c’est pourquoi quand j’ai écrit le scénario, je me suis dit que le rôle principal féminin n’aurait d’autre choix que d’accepter (rires). Son Hyejin a en effet, tout de suite accepté le scénario. De plus, en Corée, il est très difficile de monter un projet de film dont le personnage principal est une femme. J’ai d’ailleurs eu beaucoup de chance de recevoir le soutien d’investisseurs.

Pourquoi souhaitiez-vous aborder (entre autres) le sujet du harcèlement scolaire dans ce film ?

En fait, dans le film Crush and Brush, j’aborde également et brièvement le sujet du harcèlement scolaire, parce qu’en Corée du Sud, c’est un vrai problème de société, très représentatif de notre société contemporaine malheureusement. Moi ce qui m’intéresse c’est de mettre en scène à travers mes films, les minorités ou les personnes que l’on exclues de la société sud-coréenne.

Quelle a été l’inspiration pour votre film The Truth Beneath ?

J’aime particulièrement les films du genre mystère ou thriller. Quand j’ai réalisé mon premier thriller, je lisais beaucoup de romans policiers japonais, surtout ceux dans lesquels il y avait des héroïnes. J’appréciai également les romans écrits par des femmes relatant des histoires très noires, avec beaucoup de mystère. En particulier, Natsuo Kirino qui est une écrivaine japonaise de roman policier que j’admire énormément. C’est donc à cette époque que je me suis vraiment intéressée de près, au film du genre thriller.

The Truth Beneath est un film qui a beaucoup plu. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Truth Beneath est resté très brièvement sur les écrans sud-coréens, ainsi je n’ai pas eu beaucoup d’occasion de rencontrer mon public coréen. Mais le côté positif, c’est que j’ai eu des retours positifs.

Le public a apprécié le choix du sujet et continue encore de me soutenir. Cela me donne beaucoup de courage pour mes prochains projets de films.

Quels sont vos prochains projets à venir ?

Je vais faire un film d’horreur…avec bien évidemment, une femme dans le rôle principal ! En fait, dans le film Truth Beneath, il y a plusieurs scènes d’horreur (coupées au montage) et j’ai vraiment pris du plaisir à les réaliser. C’est pour cela que pour mon prochain film je voudrais faire un film d’horreur, un film qui vous donnera la chair de poule ! (rires).

Nous remercions la réalisatrice Lee Kyoung Mi pour nous avoir accordé cette entrevue. Nous remercions également Ahram pour son travail de transcription.

Petit rappel le 12ème Festival du Film Coréen à Paris, commence ce soir, voir toutes les informations ici : ICI

Ecrit par

Marion, passionnée par la Corée depuis de nombreuses années. C'est avec une envie de partage et de nouvelles aventures qu'elle a rejoint notre équipe. Elle écrira sur le webzine des articles sur l'actualité en Corée et sur l'aspect culturel (musique, cinéma, lecture).

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