Éducation en Corée du Sud, un modèle de réussite ?

Éducation en Corée du Sud, un modèle de réussite ?

Un nouvel article qui va vous plonger un peu plus dans la vie en Corée. L’éducation en Corée du Sud, est-ce un modèle de réussite ? Cet article répondra à toutes vos interrogations.

À défaut de se téléporter dans une classe au pays du matin calme, cet article va vous faire découvrir le système scolaire sud-coréen à travers le parcours scolaire de Miss Kim, personnage fictif inventé pour l’occasion, qui représentera la jeunesse sud-coréenne.

Le modèle scolaire sud-coréen, entre différences et similitudes avec le modèle français

Le système scolaire sud-coréen peut être divisé en cinq niveaux :

– L’école primaire
– Le collège
– Le lycée
– La filière technique
– Les études supérieures

De manière générale, l’instruction, tout comme en France, est obligatoire de six à seize ans. Elle n’est pas gratuite à tous les niveaux mais certains ménages sud-coréens percevant de faibles ressources peuvent bénéficier d’aides financières de la part du gouvernement.
Ensuite, il faut savoir que jusque dans les années 1990, les établissements scolaires de la primaire au lycée étaient non mixtes. De nos jours, il existe des collèges et lycées mixtes et non mixtes.

À la différence de la France, l’année scolaire se découpe en deux semestres :
– Le premier semestre se déroule du 1er mars jusqu’à mi-août, suivi d’une pause estivale de cinq semaines,
– Le second semestre débute de septembre et se poursuit jusqu’à février, également suivi d’une pause hivernale de cinq semaines entre décembre et janvier, puis de quelques jours précédant la prochaine rentrée.

Ce découpage semestriel nous permet de remarquer déjà que les élèves Coréens ne disposent pas d’autant de vacances que les élèves Français.

Qu’en est-il pour l’enfant avant d’entrer à l’école primaire ?

Comme le montre le tableau ci-dessous, l’école primaire accueille les enfants à partir de six ans.

Le système éducatif sud-coréen

Source : classbar

En Corée du Sud, il n’existe pas de structures spécifiques qui correspondraient à la crèche ou l’école maternelle que l’on connaît en France. En grande majorité, les mères arrêtent de travailler après leur grossesse pour s’occuper des enfants. Cette interruption peut être permanente ou définitive en fonction de chaque famille. Néanmoins, en général, ce n’est qu’à partir de trois ans que certaines structures acceptent les enfants en bas-âge. Avant cet âge minimal, il revient aux familles de s’occuper de leurs jeunes enfants.

Il existe peu d’établissements publics de type école maternelle qui accueillent les enfants de trois à six ans. L’instruction à la petite enfance est plutôt l’apanage d’institutions privées et donc payantes. Environ 2/3 des petits Sud-Coréens se retrouvent dans ces institutions privées qui essentiellement dispensent des cours d’anglais. L’objectif étant que l’enfant soit au contact de la langue étrangère le plus tôt possible pour l’assimiler et améliorer ses futures compétences linguistiques dans la langue de Shakespeare. Outre l’anglais, ces établissements apprennent aux petits Sud-Coréens à lire, écrire, à compter etc…

1ème étape : l’école primaire, 초등학교 Chodeung Haggyo

Notre Miss Kim est officiellement entrée à la grande école et y restera jusqu’à ses douze ans (treize ans âge coréen).

L’école primaire est gratuite et obligatoire. La majorité des écoles primaires en Corée du Sud sont publiques. Celles qui sont privées sont généralement des écoles internationales (par exemple, le Lycée français de Séoul, Seoul Foreign School…) dont les frais de scolarité sont exorbitants.

Le programme scolaire ressemble à celui appliqué en France. Un système d’étude/de garderie payant existe également pour accueillir les enfants le matin ou le soir. Jusque-là, mis à part quelques particularités, rien de bien différent avec la France.

Éducation en Corée du Sud, un modèle de réussite ?

Le système des hagwon

Sauf qu’on ne peut pas parler d’éducation en Corée du Sud, sans évoquer l’importance de la réussite scolaire désirée par chaque famille. La réussite de l’enfant représente la réussite des parents et est le gage d’une ascension sociale ainsi que le symbole de la fierté familiale. En Corée du Sud, les études ne peuvent s’imaginer sans l’esprit de compétition qui habite les parents et par extension, les enfants. Ce qui amène, Miss Kim et ses camarades, après le goûter, à se rendre à l’un des cours supplémentaires, dispensé par un établissement privé appelé 학원 hagwon.

À la base conçu comme simple aide aux devoirs pour les élèves en difficulté, le système des hagwon s’est largement popularisé et institutionnalisé comme la norme après une journée de cours. Les enfants sont donc amenés – parfois dans des cars à l’effigie de l’institut – dans des classes de dix-huit heures jusqu’à vingt-deux heures.

Ce couvre-feu a été imposé par la mairie de Séoul même si certains établissements continuent de donner des cours bien au-delà de vingt-deux heures en toute illégalité. Sans compter qu’outre les hagwon, les cours privés à domicile peuvent se dérouler de vingt-trois heures jusqu’à une heure du matin.

La pression des parents est énorme dans tout ce qui a attrait à l’éducation de leur progéniture. Certains parents, même s’ils sont contre l’idée des hagwon, se sentent obligés par l’effet de la pression extérieure développée par d’autres parents ou leur entourage, à inscrire leurs enfants dans ces établissements.

Même s’ils sont bien conscients du rythme exténuant des journées des enfants, par crainte d’être perçus comme de mauvais parents, ils finissent par céder. Le cercle vicieux des hagwon est donc sans fin. Le quartier de Daechi-dong à Gangnam est connu pour être la Mecque des hagwon car il en concentre le plus grand nombre.

  • Le système des hagwon a un double effet pervers.

D’une part, il ne faut pas négliger la part importante du budget familial qui est consacré pour financer ces cours supplémentaires. Il faut compter en moyenne 500 euros par mois et par enfant, voire beaucoup plus selon la réputation du hagwon et le nombre de cours suivis. Car les parents ne se contentent pas d’inscrire leurs enfants à un seul cours : bien souvent, ces derniers ont quatre à cinq cours en moyenne (mathématiques, anglais en priorité).

Sans compter les cours à visée plutôt artistique tels que les cours de solfège ou de piano/violon etc… Au final, la note se révèle salée. Il s’agit donc d’un véritable gouffre financier pour les parents et d’une source inévitable d’inégalités sociales pour les enfants issus de familles disposant de faibles ressources.

L’autre effet pervers de ce système, c’est que les élèves ont en moyenne deux à trois ans d’avance sur le programme scolaire. Par conséquent, les enfants s’ennuient lorsqu’ils sont en classe et en profitent pour rattraper les heures de sommeil dont ils sont privés.

2ème étape : le collège, 중학교 Jung Haggyo

Le collège public est gratuit bien qu’il faut désormais prendre en compte l’entretien de l’uniforme. Jusque dans les années 1970, à la sortie du primaire, les élèves passaient un examen d’entrée pour déterminer le collège dans lequel il serait amené à étudier en fonction de son niveau. Dans l’objectif d’introduire plus d’égalité, le gouvernement a opté pour un système de loterie qui perdure aujourd’hui : chaque enfant issu d’un même district possède donc les mêmes chances d’entrer dans un collège plus ou moins prisé sans égard pour ses résultats scolaires. Ce système ne prend pas en compte la volonté de certains parents d’envoyer leurs enfants dans des collèges mixtes.

Pendant trois ans, les collégiens approfondissent leurs connaissances dans les matières étudiées en primaire. Les professeurs sont désormais spécialisés dans une matière spécifique et ce sont eux qui changent de salle à chaque fin de cours. Si l’anglais, les mathématiques, le coréen, les sciences sociales et les sciences font partie d’un tronc principal, d’autres matières sont étudiées en tant qu’options telles que les arts, l’histoire, l’économie domestique, la technologie, l’éducation physique, l’étude des Hanja (les caractères chinois), la musique, l’éthique … Le professeur expose sa leçon sans interruption et si les élèves ont des questions, ils les poseront généralement à la fin du cours.
Le but au collège est d’avoir d’excellentes notes pour espérer intégrer un lycée prestigieux.

3ème étape : le lycée, 고등학교 Godeung Haggyo

Notre petite Miss Kim a bien grandi. Elle est désormais lycéenne comme 97% de ses compatriotes. Bien que le lycée ne soit pas obligatoire légalement, il va sans dire qu’il l’est socialement.

À la fin de ses années collège, Miss Kim a eu le choix entre poursuivre dans la voie générale (avec pour objectif d’entrer à l’université) ou s’engager dans la voie technique. Un système qui ressemble à peu près à ce qui se pratique en France avec la filière générale et la filière professionnelle. Peu importe la filière choisie, la durée du programme scolaire est de trois ans.

Éducation en Corée du Sud, un modèle de réussite ?

1. La filière générale

Il existe des lycées publics comme des lycées privés, mixtes comme non mixtes. À partir du lycée, l’instruction est payante. Les parents paient les frais de scolarité et la cantine. Lorsqu’un élève entre au lycée, l’objectif – en réalité, son objectif depuis le jardin d’enfant – est de passer brillamment l’examen d’entrée pour aller à l’université. Par conséquent, l’accent est mis sur l’obtention d’excellentes notes et la préparation de l’examen d’entrée.

La journée typique de Miss Kim – notre représentante préférée – se déroule de la manière suivante :
– Réveil vers 5h ou 6h du matin
– Début des cours à 8h du matin (50 min de cours) jusqu’à la pause déjeuner
– Reprise des cours de 13h à 16-16h30
– Étude personnelle jusqu’à 18
Hagwon jusqu’à 22h
– Cours particuliers à domicile jusqu’à minuit voire 1h du matin

On constate très clairement que Miss Kim a une journée très chargée qui se répète du lundi au vendredi. Le week-end et les quelques vacances scolaires sont également consacrés aux études. Tous les lycéens se préparent pour l’examen final qui déterminera leur avenir et pour lequel ils ont sacrifié leur jeunesse : le 수능 suneung. Il s’agit de l’examen d’entrée à l’université qui juge des aptitudes scolaires et qui correspond au baccalauréat.

2. La filière technique

Cette voie technique concerne à peu près 18% des élèves (en 2013) qui ont choisi d’exercer dans les domaines suivants : agriculture, commerce, pêche, économie domestique et technologie. La première année, les élèves suivent un programme commun avant de se spécialiser durant les deux dernières années.
Cette filière technique est plutôt mal perçue par les parents ou par le reste de la société, prise dans la mentalité de la réussite. En fait, la société considère même comme honteux le fait de ne pas obtenir de diplôme universitaire et être issu d’un lycée technique est synonyme de manque d’éduction et vécu comme un véritable déshonneur familial. Le gouvernement tente péniblement de dédiaboliser l’image de cette voie technique et d’encourager les jeunes à se renseigner sur les différents lycées afin de se faire leur propre opinion. Encore faut-il que les jeunes aient leur mot à dire.

4ème étape : les études supérieures

Le système des études supérieures rejoint globalement celui que l’on connaît en France. Il existe des universités publiques et privées, des écoles privées qui regroupent presque tous les domaines que l’on peut étudier. Il existe une petite différence avec la France : pour avoir le niveau de licence, il faudra faire quatre ans d’université au lieu de trois en France. Pour la maîtrise, il faut compter deux ans et quatre pour le doctorat.
Parvenue à ce niveau, Miss Kim pourra choisir le domaine dans lequel elle voudra exercer.

Voyons maintenant les avantages comme les inconvénients de ce système éducatif.

Un modèle d’éducation plébiscité pour les brillants résultats académiques

Éducation en Corée du Sud, un modèle de réussite ?

En terme d’éducation, la Corée du Sud détient un excellent classement à l’échelle mondiale. Pour un pays dont la majorité de la population était illettrée après la Seconde Guerre mondiale, le bond a été remarquable et laisse admiratif.

En 2013, le Programme international pour le suivi des acquis (PISA) de l’OCDE (organisation de coopération et de développement économiques), qui évalue tous les trois ans le niveau des élèves du secondaire dans soixante pays du monde, a classé la Corée de Sud dans le top 5 en mathématiques et en lecture. Depuis 2006, le pays du Matin calme détient de bonnes positions en sciences, mathématiques et compréhension de l’écrit.
Ces bons résultats académiques sont félicités et jalousés à l’étranger mais en réalité, il s’agit de l’arbre cachant la forêt.

Un modèle d’éducation décrié pour ses conséquences désastreuses sur les enfants

Les élèves sud-coréens passent 220 jours en classe.

Quand on sait que les journées sont hyper chargées débutant très tôt et s’achevant parfois au petit matin et ce, durant toute la semaine, cela n’est pas sans conséquence sur le bien-être et la santé tant physique que mentale des jeunes Sud-Coréens.

Si la Corée du Sud est dans le top 5 par ses bons résultats académiques, elle ne l’est plus en ce qui concerne le bien-être de ses élèves. Ceux-ci ne se considèrent pas heureux à l’école mais constamment stressés et anxieux. Avec un tel emploi du temps entre cours normaux et hagwon et cours privés, la place faite aux jeux, à la détente est minime voire inexistante. Récemment, une étude menée par le Ministère de l’Éducation annonçait que 40% des lycéens dormaient moins de six heures par nuit. Or, le manque de sommeil couplé à un stress omniprésent augmente les chances de dépression, de fatigue chronique, de mal-être et dans les cas les plus graves, de troubles psychologiques et de tendances suicidaires. Car s’ils sont champions en mathématiques, les Sud-Coréens sont malheureusement premiers de la classe en terme de taux de suicide, avec des victimes parfois encore au primaire.
De plus, si on évalue l’effectivité des études, la Corée du Sud chute à la 24ème place sur trente pays concernés. Les Sud-Coréens sont des as du QCM et du par cœur mais maîtrisent bien moins l’art du débat, de la réflexion, de la dissertation si important dans le cursus scolaire français.

Éducation en Corée du Sud, un modèle de réussite ?

C’est pour toutes ces raisons que certaines familles coréennes décident de s’expatrier.

Afin d’épargner à leurs enfants une enfance marquée par la pression scolaire, les résultats, la fatigue, certains parents en viennent soit à envoyer les enfants étudier à l’étranger (Canada, États-Unis, Australie…) soit à s’expatrier.

S’il convient de féliciter la Corée du Sud pour son incroyable bond en avant en termes de résultats académiques, on ne peut ignorer au prix de quels sacrifices cette bonne réputation a été obtenue. Combien d’enfants ont disparu sous cette pression énorme, prisonniers de ce rythme infernal ininterrompu alors que l’enfance et l’adolescence sont des périodes critiques pour construire l’adulte que nous deviendrons ? Combien d’enfances ont-elles été sacrifiées sur l’autel de la compétitivité économique et le prestige familial ?

Peut-être que c’est mon côté français un peu « rebelle » et avide de liberté (avec deux mois de vacances d’été, des petites vacances scolaires tranquilles et les activités extra-scolaires) qui s’exprime mais il n’empêche que le miracle économique ne devrait jamais primer sur le bonheur d’une population, au détriment de l’enfance, censée être une période insouciante.

crédits photos : CNBC.com, Rowan Callick, Todayonline, Seoulbeats.com

Ecrit par

Diplômée en droit maritime, les courants de la curiosité m'ont portée jusqu'en Corée du Sud. Depuis, je découvre ce pays un peu plus chaque jour. Olivia écrira sur K-phenomen des articles sur les phénomènes de société et les différences culturelles.

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